Le point sûr...

Agression inadmissible d’un jeune légionnaire

L’affaire de l’agression avec viol d’un jeune légionnaire par deux de ses pairs m’a profondément attristé. A divers titres.

Je voudrais d’abord assurer la victime de notre soutien. Nous lui fournirons toute l’aide dont il peut avoir besoin ; sa place dans nos rangs n’est pas remise en cause et il pourra, s’il le souhaite, poursuivre ses services parmi nous.

Je souhaite aussi insister sur le fait qu’il s’agit d’un règlement de compte entre jeunes légionnaires. L’intervention rapide de l’encadrement de contact a permis un traitement efficace, à la fois pour la santé de la victime et pour la conduite de l’enquête.

Je suis évidemment atterré que ce genre d’agression puisse se produire dans notre communauté. Nous souhaitons promouvoir un certain nombre de valeurs héritées de nos anciens : fraternité d’armes, solidarité, respect, camaraderie… Nous ne pouvons tolérer des actes violents qui vont totalement à l’encontre de ces valeurs de référence ; et nous pouvons encore moins les « couvrir ». Si de tels faits devaient se reproduire, ils seraient à nouveau dénoncés aux autorités judiciaires sans états d’âme. Et leurs auteurs seraient écartés sans indulgence, ainsi que tous ceux qui auraient pu fermer les yeux.

Ces actes illustrent, si besoin en était, l’extrême sensibilité de notre recrutement : nous engageons des candidats étrangers sur lesquels des informations fiables sont difficiles à obtenir et nous accordons une seconde chance à des hommes qui ont pu avoir des parcours compliqués avant de rejoindre nos rangs. Il est donc de notre devoir de mettre en œuvre un dispositif de sécurité et de protection performant pour nous prémunir. Car il faut toujours se souvenir que la seconde chance offerte peut déboucher sur une seconde « connerie », qui relève, dans le cas évoqué, de l’intolérable… Cette vigilance doit continuer à se traduire de manière tangible en termes de contrôle et de surveillance.

Je souhaite, pour conclure, m’inscrire en opposition totale avec quelques commentaires provocateurs que j’ai pu lire sur une prétendue « culture de la violence » qui serait la marque de la Légion et le fait du commandement. Cette accusation est particulièrement outrageante et s’apparente à de la diffamation. Peut-on penser que les comportements violents sont encouragés par le « système » légionnaire quand on sait les efforts mis en œuvre pour éradiquer les sévices et brimades, et pour promouvoir un style de commandement empreint d’humanité ? Peut-on décréter à partir d’une affaire, si sordide soit-elle, que la violence est la norme dans une institution (qui oserait écrire, suite à la condamnation d’un élu pour sévices à caractère sexuel, il y a quelques années, que la représentation nationale serait marquée par une culture de la violence) ? Peut-on laisser penser que l’encadrement fait preuve de passivité, voire de complaisance, et que seules les interventions racoleuses de quelques associations malintentionnées nous poussent à ne plus accepter l’inacceptable ? Peut-on croire que la responsabilité du chef est une notion relative, modulable en fonction de la pression médiatique ?

La vérité est tout autre : nous avons à faire face ponctuellement à des actes dégradants qui sont le fait de quelques individus qui, quoi que l’on fasse, et c’est la limite du système lié à la liberté individuelle accordée à chacun, ne veulent pas adhérer à nos valeurs ; nous traitons ces agissements avec toute la sévérité voulue, sans concession, et en toute transparence, dès lors que la gravité des gestes et des comportements exige de ne pas les cantonner au seul domaine disciplinaire.

Général de brigade Alain BOUQUIN

A propos du reportage de M. RODRIGUEZ...

Suite à la diffusion du documentaire de M.RODRIGUEZ à qui nous avons ouvert nos portes durant quelques jours à Nîmes, Aubagne, Castelnaudary et Puyloubier, j’ai éprouvé le besoin de faire connaître mon point de vue sur ce reportage.

M.RODRIGUEZ a choisi, en dépit de ce qu’il nous avait laissé entendre, de faire un documentaire à charge sur la Légion étrangère. Il a choisi comme unique angle d’attaque celui des règles de vie de la Légion, sans en vérifier ni la véracité ni les raisons profondes. Il utilise des procédés classiques de désinformation : amalgame, mélange d’informations vraies et d’informations fausses, exagération, sous-entendus, généralisation de cas particuliers…

Il donne la parole de manière presque unilatérale à quelques légionnaires qui exposent les motifs qu’ils ont d’avoir mal vécu leur passage dans nos rangs mais qui omettent de signaler les affaires graves de discipline dans les quelles ils ont été impliqués et qui justifient souvent que leur parcours n’ait pas été à la hauteur de leurs souhaits.

C’est un aspect du documentaire auquel nous nous attendions au regard des informations qui avaient pu remonter jusqu’à moi. Néanmoins, il a été décidé d’apporter notre concours à son projet ne serait-ce que pour permettre à notre voix d’être entendue. Je déplore, non pas tant le ton parfois caustique du commentaire (car c’est la loi du genre) mais bien plutôt le degré d’inexactitude et le manque flagrant d’objectivité du documentaire qui fait preuve d’un parti pris évident. En dépit des preuves que nous lui avons fournies sur un certain nombre de sujets, nous ne sommes pas parvenus à le convaincre de notre bonne foi mais en avait-il seulement envie.

Nous ne sommes surtout pas parvenus à lui faire admettre ce que la « réalité sociale » de notre institution peut avoir de noble et de respectueux, sa richesse humaine… Il n’a vu que la rudesse des règles sans vouloir en rechercher et en mettre en valeur la justification profonde en termes d’intégration, de seconde chance offerte et de cohérence d’une communauté exceptionnelle qui n’a pu être bâtie que sur des pratiques de vie elles-mêmes exceptionnelles.

Pour mieux fixer les idées..

sur le certificat de bonne conduite…

Ce que j’ai été amené à lire ou à entendre ces derniers jours au sujet du certificat de bonne conduite m’amène à penser qu’il existe une certaine méconnaissance des dispositions en vigueur. C’est la raison pour laquelle j’ai estimé utile de mettre en ligne une rubrique sur notre site pour clarifier certains points.

Le certificat de bonne conduite sanctionne les services rendus par un légionnaire à la Nation. C’est une responsabilité du commandement de déterminer à la fin du contrat qui a bien servi ou qui s’est montré indigne de la deuxième chance qui lui a été offerte à la Légion.

 

  1. Les personnels à qui le dit certificat est refusé ne sont pas « quelques centaines » faisant ainsi de la Légion étrangère « une machine à fabriquer du non-droit et des sans-papiers ». Ils représentent moins de 5% de ceux qui nous quittent au terme de leur service dans nos rangs ; un peu plus de soixante dix cas sur les trois dernières années.
  2. Ceux qui ne l’obtiennent pas ne sont pas de bons garçons victimes d’un acharnement de l’institution. Ce sont des personnels qui n’ont pas eu une bonne conduite et ne peuvent prétendre au certificat du même nom. A titre illustratif, les légionnaires présentés en photographies dans un récent article paru dans « le Parisien » et « Aujourd’hui en France » cumulent à eux cinq : trois condamnations au pénal, trois affaires de brimades ou sévices, quatre cas d’insubordination, un vol, deux blessures par coups de couteaux, trois dossiers de faux-papiers et deux affaires de drogue, pour une moyenne individuelle dépassant les quatre vingt dix jours d’arrêts.
  3. Le refus du certificat de bonne conduite n’a jamais constitué un outil de pression ou une incitation au rengagement. Il est absolument faux de parler de « chantage ». Il est d’ailleurs ridicule de croire que la Légion puisse avoir besoin d’utiliser ce genre de méthodes pour assurer ses effectifs.
  4. Il est également faux de parler de mesure « discrétionnaire ». La procédure qui conduit à un refus de certificat de bonne conduite est strictement encadrée et contrôlée. Elle fait l’objet d’avis de toutes les autorités hiérarchiques concernées. Chaque cas défavorable est ensuite étudié par un conseil réunissant des personnels du même grade que celui du légionnaire étudié ; ce conseil rend un avis pris en compte par le général avant sa décision.
  5. La non attribution du certificat de bonne conduite ne remet pas en cause complètement la délivrance d’un titre de séjour puisque les intéressés peuvent présenter une demande à titre normal comme n’importe quel étranger séjournant sur le territoire national ou résidant en France. Le certificat de bonne conduite est simplement une facilité offerte aux « bons » légionnaires leur permettant d’obtenir leur carte de résident selon une procédure simplifiée.

 

Général de brigade Alain BOUQUIN